Des rats et des hommes

Approches archéologiques et écologiques d'une espèce commensale (Rattus exulans) pour reconstituer l'évolution des intéractions hommes-milieux en Polynésie française.

> Action GOPS 2014

Mots-clés : Espèce commensale, Interactions hommes milieux, Rattus exulans, Impacts

Porteur de projet:

Université de la Polynésie française
CIRAP, Centre International de Recherche Archéologique sur la Polynésie
Co-responsables scientifiques porteurs du projet : Guillaume Molle et Eric Conte

Budget: GOPS 9 750 euros, Co-financements: CIRAP -IRD 7 100 euros

Zones géographiques concernées : Polynésie française

Partenaires :
IRD, UMR237 IMBE : Eric Vidal, Hervé Jourdan, Hélène De Méringo, Frédéric Rigault
Oceanic Archaeology Laboratory, Université de Californie-Berkeley : Patrick Kirch et Jillian Swift

Contexte:

Le projet envisage les relations d'ordre écologique entre les populations du rat Polynésien Rattus exulans et les milieux naturels, notamment en termes d'impacts sur la végétation et les faunes insulaires, ayant eu eux-mêmes des conséquences directes sur les groupes humains. Ces études complexes relatives à l'évolution de la biodiversité et des anthroposystèmes insulaires appellent une perspective diachronique intéressant autant les archéologues (en cela que R. exulans est l'une des espèces commensales introduites par les premiers polynésiens au moment du peuplement des îles) que les écologues, raison pour laquelle une comparaison entre situations passée et actuelle est nécessaire. Pour cela, nous mettons en œuvre un ensemble d'analyses conduites par chacun des partenaires du projet et portant à la fois sur du matériel ancien et actuel : analyses isotopiques des restes archéologiques (et datations radiocarbone) et d'échantillons modernes et analyses des macro-restes.  Ces analyses portent sur du matériel provenant de cinq sites aux Marquises (Hane et Hatuana sur l'île de Ua Huka) et aux Gambier (Onemea, Nenega-iti et Kitchen's Cave) pour lesquels nous disposons de longues séquences chrono-culturelles bien documentées par les archéologues.

Le tri du matériel archéologique permet dans un premier temps de sélectionner une série d'ossements de rats afin de procéder à de nouvelles datations radiocarbone qui viendront préciser de manière plus fine la période de colonisation humaine de ces îles. Ces analyses sont en cours au laboratoire de Waikato, Nouvelle-Zélande. Une partie des ossements de Rattus exulans issus des fouilles a été envoyé au Oceanic Archaeology Laboratory de l'Université de Berkeley où Jillian Swift a procédé à une sélection, préparé les échantillons choisis et conduit actuellement les analyses isotopiques de ces restes. Les ratios 13C/12C renseignent la composante, marine ou terrestre, de la diète des rats et son évolution à travers le temps, tandis que les ratios 15N/14N servent d'indicateurs du niveau trophique où se positionnent les individus étudiés. Les analyses sont en partie achevées pour les sites des Gambier, et en cours pour le site de Hane.
Concernant la partie écologique, en novembre et décembre 2014, une équipe de l'IRD dirigée par Eric Vidal a procédé à un échantillonnage des populations de rongeurs sur les sites sélectionnés au niveau de l'île de Ua Huka (Marquises) et Mangareva (Gambier) afin d'étudier les contenus stomacaux. La période choisie n'est pas idéale pour échantillonner les rongeurs (saison sèche), mais l'obligation de consommer les crédits fournis par le GOPS avant la fin 2014 n'a pas laissé le choix dans la période de travail sur le terrain.  L'objectif était (i) d'une part de réaliser des prélèvements de contenus stomacaux afin d'étudier par analyse au laboratoire des macro-restes non digérés, les espèces consommées, (ii) de prélever une série d'échantillons de tissus sur ces rats modernes à des fins d'analyses isotopiques dont les résultats seront comparés à ceux obtenus sur le matériel archéologique.

Sur Mangareva, le déploiement de 250 nuits.pièges a permis la capture d'une dizaine de R. exulans (ainsi que d'une quinzaine de rats noirs Rattus rattus, espèce introduite lors de la colonisation européenne). En outre, 7 R. exulans en provenance de l'île de Kamaka ont également pu être exploités en vue de l'analyse isotopique (mais les contenus stomacaux étaient vides). Par contre sur Ua Huka, malgré un effort de piégeage conséquent (150 nuits.pièges) dans différents milieux, un seul R. exulans a pu être capturé. Une forte période de sécheresse de plusieurs mois et une dégradation extrême des milieux échantillonnés semble à l'origine de l'extrême rareté de cette espèce sur l'île, au moins au niveau des habitats littoraux spécifiquement visés par ce projet. Les analyses trophiques sur la base de l'identification des macro-restes non digérés et de leur comparaison avec une collection de référence développée au laboratoire sont en cours. Les premiers résultats semblent montrer un régime fortement tourné vers la consommation d'arthropodes, notamment d'insectes, et plus secondairement de végétaux ou de vertébrés. Les différentes observations réalisées semblent attester que les ressources alimentaires exploitées sont en grande partie des espèces elles-mêmes introduites par l'homme, signe d'un turn-over assez complet et d'une réorganisation sans doute profonde des écosystèmes insulaires considérés. Ils traduisent un bouleversement complet et particulièrement spectaculaire des assemblages de faunes au niveau des sites de basse altitude avec la mise en place, sans doute relativement récente, de véritables néo-assemblages d'espèces sur des milieux qui n'ont absolument plus de lien avec les milieux d'origine.

En parallèle de ce projet, un deuxième axe est exploré, portant spécifiquement sur l'analyse ADN des restes osseux de R. exulans considéré comme marqueur de mobilité des anciens Polynésiens (schémas de peuplement de la Polynésie orientale et interactions entre communautés tout au long de la période pré-européenne). Pour cela, une collaboration a été mise en place avec le Pr. Alan Cooper, directeur du Australian Centre for Ancient DNA (Université d'Adelaide) et une série de 15 échantillons sera envoyée en Juin pour évaluer dans un premier temps l'état de préservation de l'information génétique contenue dans les restes archéologiques.
Dans la mesure où les analyses sont en cours, aucune publication scientifique n'a encore eu lieu à ce jour. Il est néanmoins prévu de rédiger une série d'articles durant l'automne 2015, une fois l'ensemble des résultats synthétisé.

Publications :

Molle G., Conte E., Vidal E., Swift J., 2016, Rapport final du projet « Des rats et des hommes. Approches archéologiques et écologiques d'une espèce commensale (Rattus exulans) pour reconstituer l'évolution des interactions hommes-milieux en Polynésie française ». AAP GOPS 2014, 19 p.

Swift J., G. Molle et E. Conte. Subsistence and coastal settlement at the Hane Dune Site, Ua Huka (Marquesas Islands): New insights from Pacific Rat (Rattus exulans) Stable Isotope Analysis. Manuscript. Soumis à Journal of Archaeological Science.